Nous avons pu dénicher pour vous la promotrice de Pixel Art à Lomé. Elle s’investit depuis un an dans la promotion de la culture et de l’art togolais, parce qu’elle dit avoir ce devoir. GBEDEMA-KOGBE Ami Mawunyo  alias “La petite folle”,  fait son bonhomme de chemin. Ce surnom choisi délibérément, correspond non seulement à son caractère qualifié d’exubérant, mais aussi, illustre l’avis de son entourage proche sur le fait de se lancer dans cette aventure jugée périlleuse par eux. L’an passé, promotrice de l’événement Les couleurs du rire qui met en exergue les talents humoristiques méconnus du public togolais, elle décide cette année de mettre pleins phares sur l’art photographique. Elle nous reçoit sur la terrasse de la piscine de l’Hôtel du Golfe, dans le décor toujours présent du vernissage de Pixel Art.

Qu’est ce que Pixel Art ?

Tout d’abord c’était un concours de photos, dont on avait fait une formation  théorique et pratique de deux jours à l’Institut français  avec quatre photographes professionnels connus (un béninois, un ghanéen et deux togolais) formateurs.  Quand je dis théorique c’est  pour dire que les formateurs étaient là pour partager leurs expériences de leur profession photographique. La formation pratique concernait les techniques. Par exemple, comment faire pour avoir un bon cadrage, régler la lumière etc. Je ne suis pas photographe. Je parle donc ce que j’ai pu apprendre durant cette formation. Nous avons eu dix participants dont deux femmes. Malheureusement je pensais avoir en avoir  plus.

 

Pourquoi Pixel Art ?

Ça c’est la bonne question.  J’étais partie à un Festival dont je ne donnerai pas le nom où ils avaient exposé des photos. J’avais vu tellement de défauts sur ces photos. Pour moi ils les avaient prises sur un coup de tête. Il n’y avait pas de professionnalisme derrière.  Par ailleurs nos photographes togolais ne sont pas reconnus à l’extérieur. Tu trouves des béninois, des ivoiriens, des sénégalais qui font des expositions à l’extérieur et qui sont reconnus, tandis que nous, non. Tout ce qu’on sait faire c’est prendre des photos, les poster sur Instagram, attendre qu’on ait des likes pour se dire qu’on est photographe professionnel. Moi je trouve que vraiment c’est se rendre inutile.  Il faut se valoriser à l’extérieur, faire des expositions ne fût-ce qu’au Bénin ou au Ghana pour recueillir des avis, des remarques, des conseils pour améliorer son travail. Le but était de promouvoir, valoriser surtout la photographie togolaise. On a eu un seul photographe reconnu de l’époque, Monsieur Degbava, tout premier qui avait son studio et prenait des photos pour les grandes cérémonies. Aujourd’hui il faut que nos frères et sœurs togolaises se disent qu’ils sont là pour valoriser la culture photographique au Togo. On est doué mais on se laisse bafouer et piétiner par d’autres photographes de l’extérieur et c’est vraiment triste. Il y a même des gens qui préfèrent appeler des français pour faire juste des photos de mariage, payer leurs billets d’avion et leur donner beaucoup d’argent alors qu’il y a de bons photographes ici. Et c’est bête.

 

Tes impressions sur l’exposition ?

Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait du monde le jour du vernissage parce que je n’avais pas de retours positifs quand je publiais les annonces sur les réseaux sociaux. J’ai eu au contraire des menaces de certains  photographes, disant que je bafouais leur boulot, je ne donnais pas une bonne image de la photographie. Ces gens égocentriques disent qu’ils sont les meilleurs. J’ai même appris que certains ont boycotté l’événement. Mais cela m’est égal. Ceux que je visais plus ce sont les passionnés de la photographie et qui veulent se faire connaître. Parmi ces photos exposées ici, il y a des photographes connus, mais qui ont cru en ce projet. Ils ont voulu même partager leurs photographies. Je ne m’envoie donc pas des fleurs mais j’ai fait beaucoup d’efforts, et pour l’effort que j’ai fourni,  je l’ai mérité. Il y a eu du monde, les gens m’ont félicité. Certains photographes m’ont déjà fait savoir que l’année prochaine ils seront participants parce qu’ils ne savaient pas que la première édition serait aussi grandiose.

Et surtout, j’ai été très chanceuse d’avoir avec moi tous ces artisans, coachs, toute cette équipe qui a travaillé avec moi. Un merci spécial à Noire Velours, Alex, Samuel ATIKOSSIE, Final, Koko, Yannick FOLLY.

 

Comment s’est faite la sélection des photographes ?

Ça n’a pas été facile. J’ai fait appel à quatre membres de jury qui ont choisi les photos par rapport à plusieurs critères ; lumière, message transmis par la photo, la non retouche de la photographie. Je ne voulais pas de photos retouchées. Moi je dis que les  meilleures photos sont celles non retouchées. Je trouve que les gens retouchent tellement les photos que tu as l’impression d’être en face d’un dessin animé au final. Toutes les photos exposées ici sont sans retouche et en noir et blanc car pour moi ça met mieux en valeur le travail. Et le thème de l’exposition était le regard.

Que penses-tu des thèmes généralement abordés par les photographes ?

Souvent ce sont des gens qui font des expo sur le vaudou, les femmes nues  les enfants noirs etc… Je trouve qu’on voit le thème du “nude” partout. Et je crois que cela ne donne pas toujours une bonne image de l’Afrique.  Ici à Lomé, je suis allée à une expo photo où ce n’était que des femmes nues. Et les occidentaux en majorité étaient là à dire « Oh elle a de beaux seins ! » On est un gibier qu’on expose aux yeux de tous ? On a autre chose à montrer. C’est la raison pour laquelle j’ai refusé ce thème qu’on m’a d’ailleurs proposé pour Pixel art. Je ne voulais rien de dégradant.  Pourquoi ne pas faire des photos de femmes avec des foulards attachés par exemple ! Ou choisir un thème qui valorise les enfants, le travail des artisans, des pêcheurs, vendeurs de brochettes… Et que sais-je encore.. Mais non! Comme le “nude”est plus vendeur, on préfère. C’est un peu comme la musique aujourd’hui. On doit vendre, c’est le showbiz. Même s’il n’y a pas de bon message derrière.

 

Quelle cible voulais-tu toucher avec ce projet ?  A quoi t’attendais-tu le jour de l’exposition ?

Pour dire la vérité, je n’avais pas imaginé qu’il y aurait plus de jeunes. Je pensais plus aux gens du Ministère de la Culture, les gens qui disent qu’ils veulent promouvoir la culture. Malheureusement aucun n’était là et j’étais déçue qu’ils ne soient pas venus à cette première édition. Pour moi, c’était de leur devoir d’être présents, d’encourager ce projet. On espère que l’année prochaine ils seront là. Mais j’ai eu d’autres personnes présentes pour m’encourager. J’ai eu la chance d’avoir des photographes qui ont fait le déplacement depuis la France pour l’occasion,  un commissaire de l’art culturel togolais qui était là, qui m’a donné des conseils.

Pour toi comment le public profane comprend la photographie ?

Comme je le disais tout à l’heure, l’africain n’a pas la culture de l’art, de l’observation. Moi c’est mon père qui m’a transmis cet art. Il était musicien. Il m’a appris à apprécier la beauté. Et quand j’étais toute petite je lisais les revues de peintures de Picasso, Van Gogh, tandis que les filles de mon âge préféraient les arlequins. C’est depuis l’enfance qu’on l’acquiert et ce sont les parents qui doivent inculquer à leurs enfants, l’amour pour ces choses. Ça éveille les sens. Certains pays comme le burkina, le Mali, la Guinée le font. Mais nous, nous ne l’avons pas. C’est malheureux. Moi par exemple je regarde la chaine E. Je n’ai pas à le cacher. Mais c’est pour voir au-delà des émissions elles-mêmes. Je me demande ce que je pourrais tirer de ça pour en faire une plus value pour le Togo. Nous on se limite à regarder les feuilletons sans rien en tirer.  Dans des pays comme le Cameroun, il y a des séries, des films.  Nous en avons peu et nous n’en faisons même pas la promotion chez nous.Je trouve que nous ne sommes pas solidaires entre nous.  Nous préférons acheter des produits de l’extérieur tous types confondus, même s’ils coûtent chers.  Je trouve que nous nous rendons pauvres nous-mêmes. Les produits locaux ne sont même pas taxés, et on sait d’où ça vient. Consommons made in Togo pas ” made  in extérieur”.

Quelles sont tes perspectives pour ce projet ?

Pour l’année prochaine avec la grâce de Dieu on fera mieux. J’espère avoir plus de participants, de professionnalisme, d’engouement et  de valorisation de la photographie togolaise. Aussi que nos chères sociétés de la place nous accompagnent.  Ils l’ont fait mais ce n’était pas encore ça.  Nous attendons plus de leur part. La culture est entrain de mourir au Togo. On a tellement d’événements mais ils préfèrent accompagner seulement des événements de mode.

Je ne touche pas que la photographie mais aussi l’humour et les artisans. J’aurais d’ailleurs très bientôt un événement pour l’artisanat.

Pour suivre la page sur facebook : Pixel Art Lomé


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